05 septembre 2007
James Cook - 5 septembre, il y a 233 ans
Suite de l'aventure de James Cook, qui va rencontrer les "naturels" de Calédonie (le peuple kanak), suite du débarquement des troupes britanniques sur la plage de Balade il y a 233 ans :

Lundi 5 septembre :
"(...) Les embarcations nous ayant fait un signal
pour indiquer la passe, et l'une d'entre elles s'étant placée sur l'un
des bords de la passe au vent, nous pénétrâmes à l'intérieur ; sur notre chemin nous remontâmes à bord l'autre embarcation ; l'officier m'informa que là où nous devions franchir la passe il y avait seize ou quatorze brasses d'eau, que le fond était fait d'un beau sable et qu'ayant abordé deux pirogues, il avait trouvé ses occupants très obligeants et courtois. Ceux-ci lui donnèrent quelques poissons, et en retour il leur avait offert des médaillons, etc... Sur l'une d'entre elles se tenait un grand et robuste jeune homme qui, comme ils le comprirent, était un chef (...)
Nous avions à peine jeté l'ancre que nous fûmes entourés par un grand nombre d'indigènes, embarqués à bord de seize ou dix-huit pirogues, la plupart d'entre eux ne portant aucune arme. Ils se montrèrent d'abord timides pour s'approcher du navire, mais, au bout de peu de temps, nous décidâmes les occupants d'une pirogue à s'approcher assez près pour recevoir des présents. Nous les descendîmes à l'aide d'une corde à laquelle, en retour, ils attachèrent deux poissons qui dégageaient une odeur intolérable, comme ceux qu'ils nous avaient donnés le matin. Ces échanges mutuels établissant entre nous une sorte de confiance, deux indigènes s'aventurèrent à monter à bord du navire ; peu après il en fut rempli ; et nous eûmes la compagnie de quelques uns d'entre eux, au moment de déjeuner dans la cabine. Ils n'eurent pas la curiosité de goûter à notre soupe de pois, à notre boeuf et à notre porc salés ; mais ils mangèrent quelques ignames qui nous restaient, et qu'il appelèrent Oobee (...)
De cette petite excursion, je conclus que nous ne pouvions rien attendre de ces gens sinon le privilège de visiter leur pays sans être inquiétés. Car il était facile de voir qu'ils avaient peu de chose à offrir, à part leur bon naturel. A cet égard ils dépassaient tous les peuples que nous avions déjà rencontrés ; et bien que nos besoins n'en fusent pas satisfaits cela nous était agréable et nous tranquillisait."
image : couverture de L'inconnu du Pacifique (Martin de Halleux)
04 septembre 2007
James Cook - 4 septembre, il y a 233 ans
Tous les écoliers calédoniens connaissent ce jour : le 4 septembre, c'est le jour où James Cook a vu la Nouvelle-Calédonie. Certains disent encore le jour où il a "découvert" la Calédonie, mais ils oublient que près de 3000 ans plus tôt, des navigateurs austronésiens venus d'Asie, certainement en pirogue, avaient déjà accosté sur ces terres, pour s'y installer et y fonder une civilisation ! On dira donc : c'est le jour où un Européen (James Colnett, avant James Cook) a vu la Calédonie pour la première fois, le début d'une longue période de contacts, puis de colonisation.![]()
-Terre, Terre !
Voici comment James Cook décrit cette rencontre (avec la terre, pas encore avec les hommes) dans son journal de bord :
Dimanche 4 septembre 1774: "A huit heures, alors que nous gouvernions vers le Sud, une terre fut découverte, située au Sud Sud-Ouest ; à midi elle s'étendait du Sud Sud-Est à l'Ouest quart Sud-Ouest, distante d'environ six lieues (...)
Vers le Sud Est la côte semblait se terminer par un haut promontoire que j'appelai le Cap Colnett du nom d'un de mes midships qui le premier vit cette terre. Nous aperçumes des brisants à mi-chemin entre nous et le rivage ; et, derrière eux, deux ou trois pirogues sous voiles se dirigeant vers la mer, comme si leur intention était de venir vers nous ; mais un peu avant le coucher du soleil, elles amenèrent leurs voiles et nous ne les vîmes plus..."
George Forster, naturaliste allemand à bord du navire, complète :
"Nous ne pûmes attendre le moment qui nous permit de lier connaissance avec les habitants de cette terre, sans formuler à leur sujet diverses conjectures (...) Avant la nuit, trois pirogues à voiles furent vues, quittant le rivage. Sans doute les Indigènes avaient-ils pris notre navire pour une pirogue, et se fiant à cette supposition, avaient mal évalué la distance, car peu de temps après, ils virèrent de bord et s'en retournèrent."
William Wales, astronome, raconte :
"Il y avait un grand nombre d'indigènes sur leurs pirogues - portant une voile de misaine et une voile d'artimon, faites de nattes tressées - qui semblaient occupés à pêcher sur le récif ; quand ils virent nos embarcations se diriger vers la passe, ils tirèrent leurs pirogues à sec des deux côtés et, se tenant sur les deux avancées du récif, ils contemplèrent d'un air admiratif nos hommes tout le temps qu'ils furent employés à sonder ; mais ils n'essayèrent jamais d'intervenir, voire d'approcher. Une pirogue, cependant, qui venait du rivage et qui avait à son bord, semblait-il, un de leurs chefs, rallia nos embarcations sans cérémonie et, de la manière la plus amicale, ceux qui la montaient prirent quelques poissons dans leur embarcation et les jetèrent dans les nôtres ; l'officier qui était dans une de nos embarcations leur fit présent de quelques médaillons et de quelques autres babioles ; ils en parurent satisfaits et s'en furent."
(Traductions Georges Pisier)
Episodes précédents :
14 août
23 juillet
21 juillet
30 août 2007
Décès de Pierre Messmer
Pierre Messmer vient de décéder à l'âge de 91 ans. Il est connu en Nouvelle-Calédonie pour avoir écrit : "A long terme, la revendication nationaliste autochtone ne sera évitée
que si les communautés non originaires du Pacifique représentent une
masse démographique majoritaire", véritable appel à l'immigration métropolitaine pour rendre les Kanak minoritaires dans leur pays...
Il s'agissait d'une lettre écrite au secrétaire d'Etat aux Dom-Tom en 1972, alors qu'il était 1er ministre.
Voici la lettre complète.
Document historique, édifiant et toujours d'actualité...

"La Nouvelle-Calédonie, colonie de peuplement, bien que vouée à la bigarrure multiraciale, est probablement le dernier territoire tropical non indépendant au monde où un pays développé puisse faire émigrer ses ressortissants.
II faut donc saisir cette chance ultime de créer un pays francophone supplémentaire. La présence française en Calédonie ne peut être menacée, sauf guerre mondiale, que par une revendication nationaliste de populations autochtones appuyées par quelques alliés éventuels dans d'autres communautés ethniques venant du Pacifique.
A court et moyen terme, l'immigration massive de citoyens français métropolitains ou originaires des départements d'outre-mer (Réunion) devrait permettre d'éviter ce danger, en maintenant et en améliorant le rapport numérique des communautés.
A long terme, la revendication nationaliste autochtone ne sera évitée que si les communautés non originaires du Pacifique représentent une masse démographique majoritaire. II va de soi qu'on n'obtiendra aucun effet démographique à long terme sans immigration systématique de femmes et d'enfants.
Afin de corriger le déséquilibre des sexes dans la population non autochtone, il conviendrait sans doute de faire réserver des emplois aux immigrants dans les entreprises privées. Le principe idéal serait que tout emploi pouvant être occupé par une femme soit réservé aux femmes (secrétariat, commerce, mécanographie).
Sans qu'il soit besoin de textes, l'administration peut y veiller.
Les conditions sont réunies pour que la Calédonie soit dans vingt ans un petit territoire français prospère, comparable au Luxembourg, et représentant évidemment, dans le vide du Pacifique, bien plus que le Luxembourg en Europe.
Le succès de cette entreprise indispensable au maintien de positions françaises à l'est de Suez dépend, entre autres conditions, de notre aptitude à réussir enfin, après tant d'échecs dans notre histoire une opération de peuplement outre-mer."
Pierre Messmer, Premier Ministre. 19 juillet 1972
14 août 2007
Tanna, il y a 233 ans
Le Vanuatu (ex-Nouvelles Hébrides) était connu des Européens bien avant l'arrivée de Cook.
Voici la suite du journal de bord du capitaine, écrit en 1774 :
TANNA, VANUATU :
"14 août - ...quelques-uns d'entre eux nous mirent dans le bon chemin, nous accompagnèrent jusqu'au pied de la colline et nous firent faire une halte pour nous régaler avec des noix de coco et des cannes à sucre ; et ils portèrent pour nous jusqu'en bas ce que nous n'avions pas mangé sur place. Ainsi ces insulaires se montraient hospitaliers, polis et obligeants quand une conduite contraire ne leur était pas inspirée par un sentiment de jalousie. Je ne vois pas comment on pourrait blâmer cette conduite, surtout quand on considère sous quel jour nous devions leur apparaître. Ils ne pouvaient pas deviner quelles étaient nos dispositions réelles : nous entrons dans leurs havres sans qu'ils osent s'y opposer ; nous cherchons à débarquer dans leurs pays en amis - tant mieux si cela réussit, mais, quoi qu'il en soit, nous débarquons, et c'est grâce à la supériorité de nos armes à feu que nous osons prendre pied chez eux et nous y maintenir -, quelle opinion peuvent-ils se faire de nous ? N'est-il pas légitime de leur part de penser que sous les dehors d'une visite amicale nous venons envahir leurs pays ? Ce n'est qu'avec le temps et en faisant connaissance avec nous qu'ils peuvent se convaincre de nos intentions amicales (...)
Ces insulaires sont de taille moyenne, plutôt minces, beaucoup sont petits, il y en a peu de grands ou de gros ; la plupart d'entre eux ont des traits réguliers et une physionomie agréable ; ils sont, comme toutes les races tropicales, actifs et agiles et semblent exceller dans le maniement des armes, mais n'avoir aucun goût pour le travail. Ils ne voulurent jamais prêter la main pour nous aider dans aucun des travaux auxquels nous nous livrions, alors que les habitants des autres y prenaient grand plaisir. Mais j'en juge surtout d'après leur habitude de faire faire aux femmes les travaux les plus pénibles, comme si elles étaient des bêtes de somme."
23 juillet 2007
Le 1er blogueur, suite
Suite d'un des plus anciens "blogs", écrit par James Cook en 1774 :
MALICOLO, VANUATU :
"Le 23 juillet, à sept heures du matin, nous levâmes l'ancre, et avec un vent léger et l'aide de nos bateaux nous sortîmes du havre (...)
Au moment où nous sortîmes du havre, l'eau était basse, et il y avait, sur les bancs de rochers qui bordent la côte, un grand nombre de naturels. Nous supposâmes qu'ils y étaient pour récolter des coquillages et autres poissons ; notre présence sur leur côte et dans leurs ports ne leur faisait pas interrompre leurs occupations ordinaires. Ils devaient avoir eu le temps de se convaincre que nous ne leur voulions pas de mal [suit une description du peuple de Malicolo par Cook, que je trouve suffisamment dépassée pour la laisser de côté (mots utilisés : race, singe, laids, mal proportionnés, simiesque, difformité...) passons, Cook a écrit des choses plus intéressantes.]
Comme ornements ces insulaires portent des pendants d'oreilles en écaille et des bracelets ; il y en a de curieux, en particulier ceux qui sont larges de 10 ou 12 cm, en fils ou en cordons tressés et garnis de coquilles, qu'elles portent juste au-dessus du coude. Autour du poignet droit, ils portent quelquefois des dents de porc auxquelles on a donné une forme courbe, et des anneaux faits de coquilles, et autour du gauche un morceau de bois rond qui doit servir à tenir écartée la corde de l'arc. Ils ont la paroi du nez percée et ils y suspendent un morceau de pierre blanche, long de 2 cm environ. En signe d'amitié ils offrent une branche verte, et vous répandent de l'eau sur la tête avec la main..."
21 juillet 2007
On a retrouvé un blog vieux de 233 ans !
Comme vous le savez sans doute, le mot blog vient du mot "log", nom donné au journal de bord des capitaines de vaisseaux.
Jusqu'à la fin du mois de septembre, je vous invite à suivre au jour le jour (mais avec 233 ans de retard !) des extraits du "blog" de James Cook, le 1er Européen à avoir mis les pieds en Nouvelle-Calédonie le 4 septembre 1774, lors de son 2ème voyage. Son témoignage est un écrit précieux sur les moeurs de nombreux peuples du Pacifique, en particulier sur la civilisation kanak, qu'il fut le premier à décrire.
Un des objectifs du voyage de Cook était de découvrir un hypothétique grand continent méridional dans le Pacifique. L'existence de cette "Terra Incognita" était une croyance très ferme et répandue à l'époque de Cook : les navires se lançaient ainsi à la poursuite de ce continent énorme mais ne rencontraient que de petites îles perdues ! La découverte par Cook de la Nouvelle-Calédonie fut donc une vraie surprise.
carte du 2ème voyage de Cook
MALICOLO, VANUATU :
"21 juillet 1774. Nous n'avions pas plus tôt jeté l'ancre que plusieurs des naturels sortirent des embarcations. Ils commencèrent par montrer beaucoup de méfiance, mais finirent par se risquer à venir aux côtés du navire, et nous donnèrent des flèches en échange de morceaux d'étoffe (...)
De bonne heure, le lendemain matin, un bon nombre d'entre eux s'approchèrent du navire, les uns dans leurs embarcations, les autres à la nage. Je ne tardai pas à persuader l'un d'entre eux de monter à bord, ce qu'il n'eut pas plus tôt fait qu'il fut suivi par d'autres, plus nombreux que je ne l'eusse souhaité ; de sorte que non seulement le pont en fut rempli, mais tous nos agrès ne tardèrent pas à en être couverts. J'en fis venir trois dans la chambre, et je leur donnai divers objets, qu'ils montrèrent à ceux qui étaient encore dans les embarcations, et dont ils paraissaient enchantés (...)
Vers 9 heures, nous sortîmes dans deux bateaux et nous débarquâmes en présence de quatre ou cinq cents habitants qui étaient rassemblés sur le rivage. Bien qu'ils fussent tous armés d'arcs et de flèches, de massues et de piques, ils ne firent pas la moindre opposition. Au contraire, me voyant avancer seul, sans rien d'autre qu'une branche verte à la main, l'un d'eux qui semblait être un chef, donnant son arc et ses flèches à un autre, vint à ma rencontre dans l'eau, portant aussi une branchette verte, et après l'avoir échangée contre celle que je tenais il me prit par la main et me conduisit vers la foule..."

James Cook et son "blog"
Sources : James Cook - Relations de Voyages autour du monde (La Découverte Poche)
La Découverte de la Nouvelle-Calédonie par Cook, Georges Pisier (SEH 1991)
28 février 2007
Evènements
Il y a 20 ans... pour tous ceux qui ont 30 ans ou plus, on se souvient souvent de cette période de notre vie avec nostalgie. En tout cas, les souvenirs restent frais dans notre mémoire.
Alors, si vous étiez sur le Caillou il y a 20 ans, vous devez avoir d'étranges souvenirs, non ? A l'époque, il ne faisait pas très bon vivre en Calédonie, pendant ce qu'on appelle les "Evènements". Emeutes, barrages, pillages, prises d'otages, vols, attaques à main armée, humiliations, slogans racistes sur les murs...

C'est une véritable guerre civile qui a ravagé le territoire pendant près de 7 ans et qui s'est peu à peu calmée après les Accords de Matignon et la poignée de mains Lafleur/Tjibaou...

Même si aujourd'hui, on n'en parle plus vraiment, les souvenirs restent tenaces et si vous discutez avec les Vieux, Caldoches, Kanak et autres, la parole douloureuse refait vite surface : une parole de violence ou de rancoeur, mais plus souvent de peur.
Voici quelques dates-clés des Evènements (mais pour mieux comprendre, il faut savoir ce qui s'est passé avant) :
1981-19-9 Pierre Declercq, secrétaire général de l'UC, tué d'une balle de fusil. Un suspect est dénoncé, arrêté, puis relaché. L'"enquête" n'a jamais abouti.

Machoro et Declercq
11-11 : 20 000 manif. contre l'indépendance.
1983-10-1 : 2 gendarmes tués (18 morts dans forces de l'ordre depuis mars 1982).
1984-6-9 nouveau statut (Lemoine) d'autonomie.
Oct. : violences.
18-11 : le jour des élections, Eloi Machoro brise une urne à Canala.

23-11 : 4 CRS tués par balles.
25-11 gouvernement indépendantiste provisoire : Pdt Jean-Marie Tjibaou (1936-89).
5-12 Hienghène, embuscade (10 hommes tués, dont 2 frères de Tjibaou).
1985-7-1 plan Pisani : indépendance-association.
11-1 Yves Tual, jeune étudiant (17 ans) tué.
12-1 émeutes à Nouméa, Éloi Machoro (né en 1945, secr. général de l'UC) et Marcel Nonnaro tués dans un affrontement avec le GIGN.
23-1 état d'urgence.
26-2 : 30 000 manifestants.
8-3 major de gendarmerie tué.
22-5 Pisani nommé ministre chargé de la Nlle-Calédonie.
1986- En juillet le statut Pons est effectif, ce qui a pour effet d'augmenter la tension dans le territoire.
1987-13-9 : Un référendum sur l’accession à l’indépendance a lieu. Le "NON" l’emporte avec 83%.
1988-22-2 troubles à Poindimié (9 gendarmes pris en otage puis libérés).
22-4 Fayaoué, 27 gendarmes pris en otage, plusieurs morts.
5-5 opération Victor : assaut grotte de Gossanah contre ravisseurs : 19 kanak et 2 militaires tués, otages libérés.
26-6 accords de Matignon : État (Michel Rocard PM)/FLNKS (signés par Tjibaou)/RPCR (Lafleur).
6-11 référendum sur statut transitoire.
1989-4-5 Jean-Marie Tjibaou et Yeiwene Yeiwene sont assassinés à Ouvéa par Djubelly Wéa, indépendantiste, lui-même abattu sur le champ par un garde du corps du FLNKS.
Liens : quelques graffiti de l'époque, témoins d'une période difficile...

Article du Quid
Rappel historique
03 février 2007
canaque ou kanak : histoire d'un mot, histoire d'une identité
Extrait de l'Irruption Kanak, de Calédonie à Kanaky,de Marc Coulon (Messidor, 1985, pp.64-65) :
L'histoire de la colonisation et de la libération peut se retracer par l'histoire des mots qui ont désigné les indigènes de la Nouvelle-Calédonie (...)L'histoire de la dénomination des indigènes va connaître sept phases :
1)L'époque de la "découverte" (Cook) : "naturels", "primitifs", "indiens", "sauvages"...
2)L'époque de la "possession" (1840/1870) : "Kanak". Le mot est d'origine polynésienne et signifierait "hommes". Ce sont les Blancs qui choisissent ce mot pour désigner l'ensemble des indigènes de la Nouvelle-Calédonie.
3)L'époque de la "colonisation" (1870/1914) : "Canaques". On a "francisé" l'orthographe ; les militaires au pouvoir sont soucieux de la bonne académie des choses...
4)L'époque de la "civilisation" (1914/1940) : "Néo-Calédoniens" ; les "civils" sont maintenant en nombre sur le Territoire, mais ce sont des "Français" ; pour se différencier, pour marquer l'identité du territoire, et pour éviter ce mot "barbare" de "kanak" ou "canaque", on va désigner les indigènes par "Néo-Calédoniens" ; c'est la "politique indigène" d'assimilation distante, puisque la population kanak, contrairement aux prévisions, ne s'est pas éteinte mais renaît démographiquement.
5)L'époque de "l'émancipation" (1940/1960) : "Calédoniens", cela va plus vite.
6)L'époque de la "concurrence" (1960-1980) : "Mélanésiens"*, car maintenant, les Blancs se sentent enracinés dans ce territoire, se chamaillent avec Paris, et ont fait venir, pour marginaliser l'expansion démographique et politique des Kanak, de nombreux immigrés asiatiques et polynésiens en Calédonie ; aussi pour bien marquer qui sont les vrais citoyens de ce pays (les Kanak votent depuis 1951), ce sont les Blancs qui s'approprient le terme de "Calédoniens" (qui dérivera en "Caldoches"), et qui distinguent les Kanak des "autres" immigrés en les nommant "Mélanésiens" (de même qu'on appellera aussi les Blancs "Européens").
7)L'époque de la "décolonisation" : depuis 1977, l'ensemble des organisations kanak se sont réapproprié l'appellation "Kanak", et c'est leur principale revendication que l'"indépendance kanak". Peu à peu, sous la pression, les Blancs vont "accepter" de reprendre ce vocable, d'abors (et encore) en l'écrivant "canaque", puis, peu à peu, en tolérant ou reconnaissant l'orthographe "Kanak", c'est-à-dire l'orthographe à la fois originelle et refendiquée. Enfin, les Kanak imposent leur droit de choisir leur nom.
*Dès cette époque, le mot "Kanak" devient péjoratif, injurieux. Quand je suis arrivé en Calédonie, en 1981, le retournement historique commençant à se produire, les Caldoches n'osaient plus employer le mot "Kanak", bien moins pour éviter de satisfaire à la revendication indépendantiste que pour ne pas sembler raciste en employant ce mot dont ils gardaient en eux la connotation de leur racisme antikanak.
Un sketch de Dieudonné, à l'époque où il ne traînait pas avec LePen :
Dieudonné, les Kanaks
envoyé par carnut
Didier Daeninckx, entretien avec Françoise Kerleroux :
"En ce moment, il y a un groupe de rap berlinois composé de jeunes allemands d’origine turque qui a fait un disque qui cartonne et qui s’appelle « Kanak Attack ». Et « Kanak Attack » c’est vraiment dans les hits en Allemagne. Et pourquoi ont-ils choisi ce titre ? Parce que depuis l’exposition des « Canaques » en Allemagne en 1931, une des pires insultes racistes contre un Africain ou un Noir c’est de le traiter de canaque. Quand il y a un joueur de foot qui joue sur un terrain qui est d’origine africaine ou antillaise, il est traité par certains de canaque. Des Allemands se sont aperçus que ça venait de 1931. C’est intéressant de voir d’où viennent des mots comme ça et la manière dont l’injure raciste est revendiquée par un groupe, je ne vais pas dire de jeunes Turcs, mais de jeunes Allemands d’origine turque. Il y a quelque chose qui se boucle."
Le Banquet du Livre de Lagrasse, 15 août 2001.
le drapeau de Kanaky
à lire aussi : une définition "différente"