calédoblog

Ici Nouméa, Nouvelle-Calédonie ! La température au sol est de 35°, vous pouvez détacher vos ceintures...

22 mars 2007

emploi local

   Pour qui ne connaît pas le passé récent de la Calédonie, au moins deux passages des consensuels Accords de Nouméa peuvent sembler anti-républicains : il y a celui sur le corps électoral, qui a déjà fait couler beaucoup d'encre et de salive, et celui sur l'emploi local, qui garantit aux populations locales la priorité sur un poste.

emploi

   Dans le Préambule, il est écrit : "afin de tenir compte de l'étroitesse du marché du travail, des dispositions seront définies pour favoriser l'accès à l'emploi local des personnes durablement établies en Nouvelle-Calédonie." Le droit à l'emploi fut une des compétences immédiatement transférées à la Nouvelle-Calédonie après 1998.
   Je cite un article du site Droit Public : "
L’article 24 de la loi organique du 19 mars 1999, issue de l’accord de Nouméa, était clair : « Dans le but de soutenir ou de promouvoir l’emploi local, la Nouvelle-Calédonie prend, au bénéfice des citoyens de la Nouvelle-Calédonie et des personnes qui justifient d’une durée suffisante de résidence, des mesures visant à favoriser l’exercice d’un emploi salarié ». Sur la même ligne, le gouvernement collégial de l’archipel avait adopté en janvier 2006 un projet de loi de pays concernant la fonction publique territoriale. Projet instaurant un concours spécifique pour les « citoyens » et promettant de réserver 95% des postes de catégories B, C et D et 90% de ceux de catégorie A aux « citoyens » et à ceux présents depuis au moins 10 ans sur le « caillou »."
   En fait, rien n'est clairement défini concernant cette disposition, et de toute façon, la plupart des employeurs ont bien du mal à la respecter, la main d'oeuvre locale qualifiée étant insuffisante. Donc, beaucoup d'entreprises continuent à embaucher des métropolitains ou des étrangers. Mais il est sûr qu'un tel privilège donné à l'emploi local fait furieusement penser au programme du front national en France, qui lui aussi aimerait donner le travail aux "Français" en priorité.
   Alors, comment en est-on arrivé là ? A une époque pas si lointaine, la France avait donné d'immenses privilèges (indexation, frais d'installation, primes en tous genres...) aux métropolitains qui souhaitaient s'installer. Certains de ces avantages subsistent et beaucoup les considèrent comme de flagrantes injustices. Je vais arrêter là et vous proposer la lecture d'une fameuse lettre
datant de 1972, écrite par le 1er ministre de l'époque, Pierre Mesmer, pour son secrétaire d'Etat aux Dom-Tom. A vous ensuite de vous faire votre idée et de continuer le débat...

"La Nouvelle-Calédonie, colonie de peuplement, bien que vouée à la bigarrure multiraciale, est probablement le dernier territoire tropical non indépendant au monde où un pays développé puisse faire émigrer ses ressortissants.

II faut donc saisir cette chance ultime de créer un pays francophone supplémentaire. La présence française en Calédonie ne peut être menacée, sauf guerre mondiale, que par une revendication nationaliste de populations autochtones appuyées par quelques alliés éventuels dans d'autres communautés ethniques venant du Pacifique.

A court et moyen terme, l'immigration massive de citoyens français métropolitains ou originaires des départements d'outre-mer (Réunion) devrait permettre d'éviter ce danger, en maintenant et en améliorant le rapport numérique des communautés.

A long terme, la revendication nationaliste autochtone ne sera évitée que si les communautés non originaires du Pacifique représentent une masse démographique majoritaire. II va de soi qu'on n'obtiendra aucun effet démographique à long terme sans immigration systématique de femmes et d'enfants.

Afin de corriger le déséquilibre des sexes dans la population non autochtone, il conviendrait sans doute de faire réserver des emplois aux immigrants dans les entreprises privées. Le principe idéal serait que tout emploi pouvant être occupé par une femme soit réservé aux femmes (secrétariat, commerce, mécanographie).

Sans qu'il soit besoin de textes, l'administration peut y veiller.

Les conditions sont réunies pour que la Calédonie soit dans vingt ans un petit territoire français prospère, comparable au Luxembourg, et représentant évidemment, dans le vide du Pacifique, bien plus que le Luxembourg en Europe.

Le succès de cette entreprise indispensable au maintien de positions françaises à l'est de Suez dépend, entre autres conditions, de notre aptitude à réussir enfin, après tant d'échecs dans notre histoire une opération de peuplement outre-mer."

Pierre Messmer, Premier Ministre. 19 juillet 1972

Posté par antipodes à 06:37 - politique locale - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

Oui, mèèè…

Bonyour!

Tu disais que la France, dans un passé pas si lointain, a accordé des avantages immenses aaux métropolitains qui souhaitaient s'installer.

C'est vrai, pour ici comme pour d'autres entités françaises, d'ailleurs (voir la Polynésie). Mais il me semble aussi important de préciser que dans ce passé pas si lointain, la Calédonie sous l'impulsion des politiques au pouvoir ici faisaient la cour aux mêmes métropolitains - voire aux Wallisiens - pour qu'ils viennent aussi nombreux que possible s'installer, avec une arrière-pensée politique évidente : déséquilibrer au maximum les forces dans l'hypothèse du scrutin d'autodétermination.

Et avant que l'emploi local ne rentre dans les moeurs et ne soit brandi comme une bannière, combien d'entreprises préféraient recruter en métropole. Parfois pour de véritables raisons de manque de qualification, et parfois pour une charette de préjugés ou pour se faciliter la vie, si si ! Je vous passe la logorrhée sur les Calédoniens paresseux, grévistes, absentéistes, qui manquent d'initiative, etc. En tout cas, c'était une évidence dans certains secteurs et ça se poursuit parfois encore. Ça peut aussi expliquer la sensibilité su sujet.

Cela dit, évidemment, l'emploi local a bon dos pour justifier certaines ambitions personnelles.

Posté par Fan, 25 mars 2007 à 11:13

Poster un commentaire